Après deux jours d’échanges à l’hôtel Royal Oasis, la première Conférence nationale des leaders religieux pour la paix, la stabilité et le civisme s’est achevée le 29 mai sur un constat sévère de la crise haïtienne et une série d’engagements visant à renforcer le rôle des communautés de foi dans la lutte contre la violence.
Organisée par le Ministère des Affaires étrangères et des Cultes, la rencontre a réuni des représentants de diverses confessions religieuses et traditions ancestrales. La clôture de l’événement a été précédée d’une prestation artistique d’Erol Josué et du groupe Fla Vodou, symbole de la volonté affichée d’inclure les différentes sensibilités religieuses du pays.
Au terme des travaux, les leaders religieux ont adopté une déclaration commune dans laquelle ils s’engagent à promouvoir la prévention de la violence, l’éducation citoyenne, l’accompagnement des victimes et la réinsertion des jeunes vulnérables. Ils demandent également la création d’un Conseil national de concertation interreligieuse et proposent que le 28 mai soit consacré « Journée nationale des leaders religieux, des traditions ancestrales ainsi que des guides spirituels et philosophiques. »
Au-delà des engagements, les ateliers ont surtout permis de dresser un diagnostic particulièrement critique de la situation nationale. Les participants ont décrit la violence comme un « fait social total » qui dépasse largement les affrontements armés et touche l’ensemble des sphères de la société. Plusieurs intervenants ont estimé qu’il ne s’agissait plus de prévenir la violence, mais plutôt de l’endiguer.
Les discussions ont mis en cause l’affaiblissement de la famille, la crise du système éducatif, la perte de repères civiques, la corruption, l’absence de perspectives pour les jeunes et la faiblesse des institutions publiques. Certains participants sont allés jusqu’à évoquer une crise de légitimité de l’État ainsi qu’un effondrement de plusieurs mécanismes traditionnels de socialisation.
Dans l’atelier consacré à l’éducation citoyenne, les leaders religieux ont également souligné les profondes inégalités du système éducatif haïtien, l’absence d’un véritable programme national d’éducation civique et la nécessité de renforcer l’usage du créole comme langue fondamentale d’enseignement. Ils ont plaidé pour la promotion de valeurs telles que le patriotisme, la tolérance, la justice sociale et l’esprit de « konbit », traduit comme le travail collectif et solidaire.
Les recommandations formulées convergent vers plusieurs priorités : réintégrer l’éducation civique dans les écoles, soutenir les familles, renforcer l’accompagnement psychosocial des victimes, créer davantage d’opportunités pour les jeunes et favoriser une meilleure coopération entre l’État et les organisations religieuses.
Dans son discours, la ministre des Affaires étrangères et des Cultes, Raina Forbin, a réaffirmé l’importance du rôle des confessions religieuses dans la reconstruction du pays. « Aucun projet durable de paix, de stabilité et de reconstruction nationale ne peut réussir sans les forces spirituelles, morales et humaines du pays », a-t-elle déclaré.
Reste toutefois la question de la mise en œuvre. Plusieurs participants ont eux-mêmes exprimé des réserves quant au suivi des recommandations adoptées. Dans un contexte où les violences armées persistent, où des milliers de personnes demeurent déplacées et où la méfiance envers les institutions publiques reste forte, la réussite de cette initiative dépendra moins des déclarations que de la capacité des différents acteurs à transformer ces engagements en actions concrètes.
La conférence aura néanmoins permis un fait rare dans le contexte actuel : réunir autour d’une même table des représentants de traditions religieuses souvent séparées par leurs pratiques et leurs convictions, mais qui affirment désormais partager un objectif commun : contribuer à la reconstruction du tissu social haïtien.
Source : Le Nouvelliste


























