Nous publions ci-après le discours d’ouverture du Premier ministre Alix Didier Fils-Aimé, ce 21 août, aux assises nationales de la défense et de la sécurité sur le thème « Quelle armée pour Haïti ? »
« Mesdames, Messieurs,
En 1804, nos ancêtres ont conquis la liberté et affirmé, devant le monde, le droit du peuple haïtien à disposer de lui-même.
Deux siècles plus tard, il nous appartient de faire vivre cet héritage en consolidant les instruments de notre souveraineté.
C’est le sens de la démarche que nous engageons aujourd’hui.
Je veux, à cet instant, saluer l’engagement du Ministre de la Défense ainsi que celui du Haut commandement et celui de toutes les femmes et de tous les hommes qui ont contribué à l’organisation de ces Assises.
Par leur travail, leur détermination et leur sens du devoir, ils offrent à la Nation un espace de réflexion indispensable sur l’un des attributs essentiels de sa souveraineté.
La question qui nous réunit est majeure: quelle armée pour Haïti?
J’y répondrai d’emblée: celle qu’exige une République moderne, souveraine et respectée.
Une telle ambition appelle la vision de l’État, la force des institutions et la permanence de l’intérêt national.
Car la défense de la Nation est l’une des premières raisons d’être de l’État.
Mesdames, Messieurs,
Gouverner, c’est d’abord regarder la réalité telle qu’elle est, et non telle que nous souhaiterions qu’elle soit.
La réalité de notre pays est connue :depuis trop longtemps, trop de nos concitoyens vivent sous le poids de la peur, de l’incertitude et de l’insécurité.
Face à cette épreuve, l’État ne peut ni détourner le regard, ni renoncer à ses responsabilités.
Le Gouvernement agit et continuera d’agir avec détermination.
Mais nous savons également qu’aucune institution ne peut, à elle seule, relever tous les défis d’une Nation.
C’est pourquoi la refondation des Forces Armées d’Haïti doit s’inscrire dans une vision plus vaste:
celle de la sécurité nationale et du rétablissement durable de l’autorité de l’État sur l’ensemble du territoire.
L’armée n’a pas vocation à se substituer aux autres institutions.
Elle est l’un des instruments légitimes dont la République dispose pour protéger la Nation, défendre sa souveraineté et garantir la permanence de l’État.
Au fond, la première liberté d’un peuple est de vivre en sécurité.
Sans sécurité, les droits s’affaiblissent, les institutions vacillent et la confiance collective se fragmente.
Restaurer cette sécurité est donc davantage qu’une nécessité opérationnelle : c’est une exigence politique et morale.
L’ambition qui nous rassemble ne sera pas jugée à la qualité de nos discours, mais à la réalité de ses résultats:
Un État plus présent, un territoire mieux protégé et des citoyens davantage en confiance.
Mais au-delà des décisions qui émergeront de ces Assises, je veux souligner une réalité tout aussi importante.
Regardons-nous. Nous venons d’horizons différents. Nous portons parfois des convictions différentes.
Nous n’avons pas toujours la même lecture du passé ni les mêmes attentes pour l’avenir.
Pourtant, aujourd’hui, nous sommes réunis par quelque chose de plus grand que ce qui nous distingue: le service de la Nation.
Dans l’histoire des peuples, les grandes avancées commencent lorsque l’intérêt national prend le pas sur les intérêts particuliers.
C’est cet esprit qui doit nous guider.
Que ce rassemblement soit plus qu’un moment. Qu’il soit un engagement.
Car Haïti a besoin d’autorité, mais d’une autorité juste. Haïti a besoin d’institutions fortes, mais également de confiance.
Haiti a besoin d’une vision nationale capable de rassembler les volontés autour d’un même dessein.
La République est plus forte lorsque ses enfants se retrouvent sur l’essentiel. Et l’essentiel aujourd’hui, c’est Haïti.
La République d’Haïti est née de son Armée.
Aujourd’hui, sa sécurité, sa stabilité et son relèvement exigent la reconstruction d’une armée forte, moderne, professionnelle et républicaine.
Face à la crise sécuritaire, nous avons fait un choix clair : renforcer les deux piliers de notre sécurité nationale, la Police nationale d’Haïti et les Forces armées d’Haïti.
D’ici à la fin de l’année, plusieurs milliers de jeunes Haïtiens rejoindront les rangs des FAd’H pour renforcer durablement notre capacité à défendre le territoire et à protéger la Nation
Je salue l’engagement de notre jeunesse.
L’Armée doit redevenir une école de discipline, de rigueur, de citoyenneté et de service de la Nation.
Elle doit offrir à nos jeunes une voie d’avenir et leur donner les moyens de contribuer à la défense comme à la reconstruction de leur pays.
Car il n’y a ni développement durable, ni État fort, sans sécurité.
Nous devons également ouvrir le débat sur le service militaire obligatoire, comme instrument de formation civique, de discipline et de mobilisation de la jeunesse au service de l’intérêt national.
Et cette Armée doit être celle de toute la Nation : aux femmes comme aux hommes doit revenir leur place dans la défense de la République.
Nous ne reconstruirons pas l’Armée du passé récent .
Nous bâtirons l’Armée de l’avenir.
Une armée républicaine, moderne, disciplinée et pleinement soumise à l’autorité de l’État ;
une armée qui protège le territoire, sert la population et contribue au relèvement national.
Reconstruire notre Armée, c’est restaurer l’autorité de l’État.
C’est renforcer notre souveraineté.
C’est redonner à Haïti les moyens de se défendre, de se relever et de croire en son avenir.
Mesdames, Messieurs,
Je connais la compétence, l’expérience et le sens de l’État réunis dans cette salle.
C’est pourquoi je vous invite à travailler avec liberté d’esprit, rigueur et sens des responsabilités envers la Nation.
Le Gouvernement examinera vos recommandations avec tout le sérieux qu’elles méritent.
Elles ne sont pas destinées à enrichir nos archives, mais à éclairer nos décisions et à contribuer à une politique de défense à la hauteur des défis du pays.
Notre ambition est claire : rétablir l’autorité de l’État, renforcer la sécurité sur l’ensemble du territoire, consolider la stabilité nationale et créer les conditions du plein fonctionnement de nos institutions démocratiques.
La sécurité n’est pas une fin en soi. Elle est la condition de la paix civile, de la confiance et du développement.
Nous voulons une Haïti où chaque famille puisse envisager l’avenir avec espoir, libérée de la peur et protégée par des institutions fortes et stables.
Nous voulons également une Haïti où le peuple exerce pleinement sa souveraineté à travers des élections libres, crédibles et démocratiques.
J’ai confiance dans notre capacité collective à atteindre cet objectif.
L’histoire de notre peuple démontre qu’il a toujours su trouver les ressources nécessaires pour se relever et avancer.
Aujourd’hui, nous choisissons l’action, la responsabilité et l’espérance.
Avec l’unité des volontés, la force des institutions et la confiance retrouvée, Haïti peut renouer avec la stabilité, la sécurité et l’avenir qu’elle mérite.
Je déclare ouverts les travaux des Assises nationales de la Défense et de la Sécurité nationale.
Vive l’université d’Haïti
Vive l’armée d’Haïti
Que vive la République. Que vive la Nation haïtienne.
Je vous remercie. »

























