Bonne idée que cette table ronde citoyenne de l’eau, concoctée par quelques représentants d’associations d’usagers et de bonnes volontés. Que va-t-il réellement en sortir ? C’est une autre histoire.
Animée par Warren Chinga, journaliste de qualité, et Yann Céranton, de Moun Sandlo (ça veut bien dire les choses), elle a rassemblé plus de 300 personnes à l’Espace régional du Raizet/Les Abymes. Pour quels objectifs et quels résultats ? Les objectifs : rassembler, dresser une plateforme consensuelle de solutions à présenter aux élus du prochain Congrès de l’Eau voulu par Guy Losbar, président du Conseil départemental, président du Congrès des élus en exercice. Les résultats ? il y a eu un consensus, il y aura une plateforme amendée par es participants de la table ronde. La suite dira…
La foule — oui ! — se presse pour s’installer dans l’amphithéâtre de l’Espace régional. Retard d’une bonne demi-heure, mais c’est pour la bonne cause. Les représentants et fidèles des associations de défense des usagers de l’eau sont là. Beaucoup de citoyen(ne)s mécontent(e)s mais patient(e)s. Des Guadeloupéen(ne)s de tous âges qui sont venus écouter, parler, témoigner. « Ils sont venus sûrement avec beaucoup d’espoirs. Il ne faut pas les décevoir. »

Jacques Davila, engagé depuis toujours dans des combats sociétaux, est là, Thierry Le Lay, ancien sous-préfet, lui aussi engagé dans son quartier, Charles-Edouard Nicaise, l’un des organisateurs de la manifestation, Yann Céranton, Warren Chingan, beaucoup d’autres, connus, moins connus, inconnus mais déterminés à dire des choses.
Jacques Davila :
La soirée va se dérouler selon une méthode bien définie. Plusieurs réunions prépératoires au fil des mois, des rencontres avec des personnalités, ont permis de drsser un canevas de ce qu’il faudra faire pour avancer dans un dossier, celui de l’eau, qui a été ouvert il y a quinze ans, qui a connu quelques soubresauts, qui en connaîtra encore : époque Générale des eau et SIAEAG (Amélius Hernandez), époque SIAEAG 2 (Laurent Bernier) et SIAEAG 3 (Ferdy Louisy), époque SMGEAG 1 (Jean-Louis Francisque), époque SMGEAG 2 (Ferdy Louisy, le retour). Chacun a fait comme il a pu… ou pas fait grand-chose. De règne en règne, les choses ont empiré puis ne se sont pas réellement améliorées.
Il serait intéressant de comptabiliser les fonds mis par la Région, l’Etat, le Département, les collectivités… l’Europe aussi depuis dix-quinze ans. Il fallait, il y a cinq ans, un milliard d’euros pour refaire le réseau d’eau de l’archipel. Il faudrait aujourd’hui, selon certains experts un milliard et huit cent mille euros (en lettres ça pose mieux le problème).

Yann Céranton, au tout début de la table ronde, va lancer quelques données : 70% de l’eau captée est perdue avant d’arriver au robinet; 16 litres seulement sur 100 payés; pour refaire le réseau, il faudrait 1,8 milliard d’euros. On connaît mais c’est toujours bien de repréciser les données du problème. Plus tard, on évoquera, parfois avec une colère rentrée, les tours d’eau… pas respectés, les manques d’eau parfois pendant deux, trois, quinze jours.
Exagération ? Pas vraiment. Comme le dire une dame, l’eau coule à partir de 2 heures jusqu’à 5 heures… en pleine nuit. Parfois, c’est deux, trois minutes, à la surprise, et puis plus rien.
Yann Céranton :
Marguerite Civis dira : « Des dispositifs, nombreux, ont permis d’injecter des fonds dans le SMGEAG en pure perte ! Nous avions proposé de diminuer la masse salariale du SMGEAG en incitant aux départs en retraite de ceux qui étaient proches de celle-ci. La proposition n’a pas été suivie d’effets. Il n’y a pas d’eau au robinet après des millions et des millions dépensés et les tours d’eau ne fonctionnent pas. »
Warren Chingan, modérateur, présente le plan d’ensemble de la soirée : six piliers et des amendements attendus du public.
Que veulent les Guadeloupéen(ne)s ?
Premier pilier de la plateforme qui sera donnée aux élus avant le Congrès de l’Eau du 24 juin : De l’eau dans le robinet, l’accès effectif à de l’eau en quantité (y compris pour les sapeurs-pompiers ! ) et de qualité
– Un recensement des situations graves (des semaines, des mois sans eau)
– L’activation de dispositifs d’urgence : dès qu’il se passe 48 heures sans eau dans un secteur, intervention prioritaire
– Connaître l’état d’avancement du Plan Eau Dom, du FEDER, du PPI
– La suspension des procédures de recouvrement dans des secteurs sans eau… ou avec peu d’eau, de temps en temps.
Certains témoignent. Un quartier où il y a de l’eau à profusion, jamais de coupure… mais de mauvaise qualité avec des interdiction récurrentes de l’ARS. Question : doit-on régler son abonnement alors qu’on n’a de l’eau que quelques minutes chaque jour ? On a distribué des citernes — la Région — pendant un certains temps, pourquoi ne le fait-on plus ?
Que proposent ensuite les initiateurs de la soirée ?
Deuxième pilier : un Plan de retour régulier à l’eau, sur 12 mois.
– Plan de retour par secteur
– Généralisation du Plan pilote Capesterre Belle-Eau Trois-Rivières ( il s’agit d’un plan prioritaire avec beaucoup de moyens humains et matériels sur une zone très impactée)
– Renforcement des brigades d’intervention/moyens humains et matériels
– Engagement de sortie des tours d’eau.
Troisième pilier : un Tableau de bord public mensuel.
– Publication publique mensuelle des indicateurs
– Données sur l’assainissement (qu’on oublie parfois)
– Etat d’avancement du FEDER, du Plan Eau’DOM
– Accès aux données brutes du SMGEAG (un peu de transparence sur les fonds, leur utilisation, l’avancée des travaux, où, etc.
Pauline Couvin (URAPEG) :
Quatrième pilier : Une facturation juste et la protection des usagers.
– Décote ou annulation des factures d’eau en période de non-service documenté.
– Harmonisation tarifaire progressive avec un calendrier public
– Traitement prioritaire des litiges, avec délai de réponse garanti
– Suspension des recouvrement en zones et services détaillés documentés
– Renforcement du Fonds social de l’eau.
Natalia Adelaïde, citoyenne :
Cinquième pilier : Gouvernance réelle des usagers.
– Représentants désignés par les collectifs d’usagers
– Passage d’une voix consultative à une voix délibérative dans les instances du SMGEAG
– Droit d’alerte
– Accès aux données d’exploitation.
Jakafrika, citoyen :
Sixième pilier: Régie Archipel d’Eau/Exiger les preuves.
– DG recruté sur profil technique eau/assainissement avant le 30 juin (on attend depuis plusieurs mois ce recrutement)
– Convention d’objectifs SMGEAG/Archipel d’Eau publiée avec des indicateurs de performance
– Plan de financement public de 150 millions d’euros Banque des Territoires + FEDER
– Plan d eréduction de 70% des pertes d’eau
– Protection du DG contre les interventions/interférences/ Plan 100 jours rendu public.
Dans la foule (mais oui, ils sont toujours là alors que trois heures ont passé !), quelques interventions. Olivier Nicolas, seul politique connu présent, en fond de salle, discret jusqu’à présent, demande la parole. Il propose deux solutions : faire comme à Marseille où les élus n’étaient pas capables de s’entendre sur un problème similaire, l’Etat a repris la main un temps, avec 2 milliards d’euros sur la table, avant de rendre leur compétence aux élus. « Ça a marché ! » ou décider que le SMGEAG est seul compétent, sans gouvernance à 4 (Etat, Région, Département, SMGEAG).
La table ronde se disperse. Attendons la suite.
Charles-Edouard Nicaise :
Les participants ont décidé de constituer un comité de suivi des résolutions du Congrès. La plateforme demande à être associée comme partie prenante aux travaux du prochain Congrès des élus et à y porter directement la voix des usagers.
« Responsable et indépendante, la démarche ne fait que commencer », nous dit-on.
André-Jean Vidal
aj.vidal@karibinfo.com























