PAR MARIE-MICHÉLE DARSIERES*
Rien ne marche, tout semble bloqué. De l’eau qui manque aux transports en panne, en passant par une santé sous tension, le service public martiniquais semble grippé. Face à ce constat, le Préfet déclare : « Je ne souhaite pas marcher sur les plates-bandes des élus locaux ».
Soit. Mais alors, qui débloque la situation ? Pourquoi ce goulot d’étranglement qui paralyse des services indispensables à toute société humaniste ? Pour comprendre, il faut arrêter de regarder les symptômes et remonter à la source : la méthode de management.
L’institutionnalisation de l’impuissance
Ce que nous vivons n’est pas une fatalité technique, c’est une faillite managériale. Nous sommes entrés dans l’ère de la « méritocratie inversée » (ou sélection adverse).
Dans ce système, la compétence est devenue une menace. Les profils brillants, les techniciens rigoureux, ceux qui osent proposer des solutions audacieuses sont systématiquement écartés. À leur place, on privilégie l’allégeance.
Le résultat est une « gouvernance par l’allégeance » où le recrutement ne vise plus l’efficacité du service public, mais la sécurisation d’un électorat ou la protection du trône d’un élu.
Le service public : de la mission à la rente
Lorsque l’embauche devient un outil de clientélisme, le service public cesse d’être une mission pour devenir une rente.
C’est le « syndrome de la Reine Rouge » : le dirigeant, conscient de ses propres limites, s’entoure de collaborateurs moins compétents que lui pour ne jamais être mis en danger. Résultat ? Les dossiers complexes stagnent, les décisions opérationnelles sont paralysées par la peur de déplaire, et l’institution devient une coquille vide.
Le coût de cette gestion est exorbitant pour le citoyen. Ce n’est pas un problème de budget, c’est un problème de choix.
La compétence comme exigence citoyenne
La population ne demande pas des miracles. Elle demande de la compétence. Elle demande que les personnes en charge de l’eau, de la santé, de l’économie et de la vie chère, et des transports soient choisies pour leur capacité à résoudre les problèmes, et non pour leur docilité politique.
Si le Préfet ne veut pas « marcher sur les plates-bandes » des élus, c’est peut-être parce que le système actuel arrange tout le monde, sauf le citoyen. Mais le service public n’est pas la propriété privée des élus ; c’est le bien commun des Martiniquais.
Il est temps de sortir de cette « institutionnalisation de l’impuissance ». Il est temps d’exiger que la compétence retrouve sa place au sommet de l’État local.
La question est simple : jusqu’à quand accepterons-nous que la médiocrité soit érigée en mode de gouvernance ?
Marie-Michèle Darsieres est une femme de Martinique, engagée.
























