Haïti. Ayiiti et Boukman Eksperyans : faire vibrer le Mondial 2026 sous les sonorités mythiques haïtiennes

À l’approche de la Coupe du Monde 2026, la chanteuse haïtienne Ayiti Coles, de son nom d’artiste Ayiiti, dévoile un projet musical ambitieux pensé comme un pont entre football, identité et culture.

Plus qu’une simple chanson dédiée à l’événement sportif, le morceau se veut un hymne de rassemblement pour Haïti et sa diaspora. Lors d’une rencontre avec la rédaction de Le Nouvelliste, elle revient sur ce travail. 

Réalisée avec le mythique groupe Boukman Eksperyans, la production a mobilisé une équipe de musiciens et de producteurs expérimentés, notamment le producteur T-Ansyto et Paul Beaubrun. Une démarche collective qui donne naissance à une œuvre hybride, entre héritage musical et modernité sonore. Pour l’artiste, cette chanson est avant tout un message : celui de l’unité et de la fierté haïtienne dans un moment mondial.

Tout commence avec une conviction: rassembler les Haïtiens autour de ce vent d’espoir qui semble souffler au-delà du territoire national. La qualification du pays, 52 ans après sa première participation à la Coupe du monde, n’est pas sans effet : plusieurs membres de la diaspora envisagent de rentrer, ne serait-ce que le temps d’une célébration. Ayiiti le sent, le vit depuis la Colombie où elle réside actuellement. Il lui faut une musique qui parle à tous les Haïtiens, peu importe leur classe, leur rang, leur lieu de résidence.

Elle n’est pas la seule à avoir eu cette idée. Depuis la qualification, plusieurs artistes haïtiens ont composé pour l’occasion. Mais ce qui distingue le projet d’Ayiiti, c’est son pari musical. Marier le Rasin, ce genre ancré dans les racines vodou et culturelles haïtiennes dont Boukman Eksperyans est passé maître, avec d’autres sonorités et une touche résolument moderne.  

La réponse vient d’elle-même : Kè m pa sote, le titre légendaire de Boukman Eksperyans paru en 1990 pour le carnaval. « Cette musique est un héritage », estime-t-elle. La colonne vertébrale est trouvée  avec cette ambiance carnavalesque qui caractérise si bien le pays. Mais le thème doit dépasser les frontières, car c’est pour la Coupe du monde. C’est alors que son père lui parle de Zi pim bo w,  la musique de la première participation d’Haïti au Mondial en 1974. Un pont entre deux générations, deux qualifications, une même fierté.

S’enchaînent alors les séances de répétitions virtuelles avec le producteur colombien Tenso. Le premier démo prêt est envoyé à Manzè, chanteuse principale de Boukman Eksperyans. Les échanges commencent, les idées s’affinent. « On a travaillé avec des sessions à distance et en studio. Il y a eu beaucoup d’échanges avec T-Ansyto et d’autres musiciens. Chacun a apporté quelque chose : des idées, des sonorités, une énergie », explique Ayiiti. Puis elle quitte la Colombie et rentre en Haïti pour finaliser le travail.

« La musique a une ambiance carnavalesque. Elle est pensée ainsi parce que la Coupe du monde est une célébration, une ambiance assez similaire au carnaval en Haïti », explique l’artiste. La vidéo se termine sur un rassemblement où le public, sous les couleurs du bicolore, reprend en version rara la musique. Un choix fort, symbolique; le rara comme expression populaire par excellence, comme langage de la rue et de la résistance. « Ce n’est pas juste une chanson, c’est vraiment un travail d’équipe. C’est cela qui fait la richesse du morceau », insiste-t-elle.

Le projet puise aussi dans une mémoire musicale plus ancienne. Zi pim bo w occupe une place particulière dans le processus créatif. « Mon père m’a parlé de cette musique. Je suis allée l’écouter et j’ai trouvé cela incroyable. Il y avait déjà cette énergie de rassemblement autour du football et de l’identité haïtienne. » L’objectif n’était pas de reproduire le passé, mais de le réinterpréter. « On voulait garder cet esprit d’unité, mais dans une version plus actuelle, plus moderne, qui parle aussi aux jeunes générations », estime Ayiiti. 

Car Ayiiti porte en elle plusieurs mondes. Ayant vécu en Haïti, en France et en Colombie, son identité musicale est à l’image de son parcours: plurielle, ouverte, enracinée. « Je chante en créole, en français, en espagnol et parfois en anglais. Chaque langue a une émotion différente. Le français est plus analytique, l’espagnol plus passionné, et le créole reste le cœur émotionnel », avance-t-elle.

Une pluralité qui n’a pas toujours été simple à assumer. « Pendant longtemps, j’ai dû répondre à des idées préconçues sur ce que signifie être haïtienne. Être haïtienne, ce n’est pas une apparence ou un stéréotype. C’est une culture, une énergie, une histoire. Et aujourd’hui, je la porte fièrement dans ma musique », souligne l’artiste. 

C’est précisément ce message qu’elle veut faire passer avec ce projet. « On parle souvent d’Haïti à travers des choses négatives, mais il y a aussi une immense richesse culturelle, artistique et humaine. Cette chanson est là pour montrer ça. »

Dans un contexte où le pays est trop souvent réduit à ses crises, Ayiiti choisit la célébration, non pas la célébration naïve, mais celle qui connaît la douleur et choisit malgré tout de chanter.

Le teaser de Ayiti nan batay, déjà disponible sur les réseaux sociaux, ne laisse pas les internautes indifférents. La sortie officielle est attendue dans les prochains jours. Une musique, une équipe, un pays et 52 ans d’attente qui trouvent enfin leur bande-son.

Source : Le Nouvelliste

Lien : https://lenouvelliste.com/article/267642/ayiiti-et-boukman-eksperyans-faire-vibrer-le-mondial-2026-sous-les-sonorites-mythiques-haitiennes

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