Face à l’aggravation sans précédent de la violence armée en Martinique, Serge Lechimy, président du Conseil exécutif de Martinique, a adressé au président de la République, un courrier solennel pour appeler l’État à un sursaut républicain à la hauteur de la situation.
Onze Martiniquais ont été tués depuis le 1er janvier 2026, dont dix par arme à feu. La fusillade survenue le 22 mai dernier sur le front de mer du Robert illustre une dérive devenue selon le président du Conseil exécutif « une routine macabre ».
Au rythme actuel, plus d’une trentaine d’homicides seront recensés d’ici la fin de l’année. Si la trajectoire enclenchée depuis 2022 se poursuit, « ce sont plus de quatre cents Martiniquaises et Martiniquais qui tomberont sous les armes à feu d’ici 2035 », alerte Serge Lerchimy dans son courrier.
Tout en reconnaissant les efforts engagés par l’État, le président du Conseil exécutif souligne qu’ils demeurent « insuffisants et trop tardifs ». Il établit dans son courrier une comparaison directe avec le plan déployé à Marseille qui a permis de diviser par deux le nombre d’homicides liés au narcotrafic dans les Bouches-du-Rhône entre 2023 et 2024.
« Rien de comparable n’a été mis en œuvre en Martinique. Nous demandons la même détermination, les mêmes moyens, le même engagement républicain », écrit-il au chef de l’État.
Le courrier appelle l’État à mobiliser sans délai les moyens nécessaires : renforcement massif des effectifs de police judiciaire spécialisés dans la lutte contre le trafic d’armes, mobilisation de l’armée en appui des forces de sécurité intérieure, création d’une force conjointe caribéenne de surveillance maritime, coopération opérationnelle renforcée avec les pays voisins, plan d’urgence pour la jeunesse, soutien à la parentalité et moyens judiciaires accrus.
Serge Letchimy en appelle à la conférence sur la sécurité prévue en juillet 2026, demandée et obtenue par la Collectivité Territoriale de Martinique, qui réunira l’État, la Martinique et les pays de la Caraïbe et des Amériques. « Cette rencontre doit être un tournant », écrit-il, avertissant cependant que « si cette conférence se contente de promesses recyclées, elle sera un échec ».
Le président du Conseil exécutif adresse un appel pressant au chef de l’État : « J’appelle solennellement l’État à un sursaut. Un sursaut républicain, un sursaut moral à la hauteur du peuple martiniquais qui voit ses jeunes mourir et qui refuse de se résigner. La République doit, ici comme ailleurs, garantir à chacun le droit le plus fondamental, celui de vivre. »
Le courrier a également été adressé en copie à Sébastien Lecornu, premier ministre, à Laurent Nunez, ministre de l’Intérieur et à Naïma Moutchou, ministre des Outre-mer.

























